Pour mettre en avant la data de leurs forfaits mobiles, certains opérateurs ont depuis quelques mois basculé de l’appellation « Internet 3G » ou « internet 3G+ »  à une appellation « internet H+ ». Ainsi chez Orange, les forfaits Origami indiquent « 2Go en H+ »,  le forfait à 24,9€ de SOSH  précise «débit H+»  et chez B&YOU, les forfaits proposent « internet H+ jusqu’à 42 Mbits/s ».  Chez SFR, on trouve aussi des vocables comme  « Dual carrier » et « 4G Ready ». C’est l’occasion de faire le point sur ces appellations et sur les offres disponibles chez les divers opérateurs..

2012 : année de l’internet mobile

Alors que le trafic Internet à partir de Smartphone était assez limité en 2011, l’arrivée du forfait Free, avec ses 3Go de data à 19,99€, a été l’un des déclencheurs d’une utilisation de plus en plus intensive de la data à partir des mobiles. De plus l’approche Low Cost de certaines offres,  a permis à beaucoup plus d’utilisateurs d’accéder à cette data à partir de leur Smartphone.

Ces deux facteurs ont entraîné une explosion du trafic de data  Internet en mobilité, trafic que doivent acheminer les opérateurs sur leurs réseaux d’antennes-relais. Le  problème est complexe et des saturations liées la plupart du temps à ces antennes apparaissent à certaines heures de la journée, notamment dans les grandes villes.

Plusieurs solutions sont possibles pour augmenter le trafic des antennes-relais et mieux le réguler :

  • Augmenter le nombre d’antennes relais : long et coûteux
  • Avoir plus de fréquences disponibles : malheureusement les bandes de  fréquences utilisables ne sont pas illimitées. Il y a déjà eu  par exemple récupération des fréquences de la télévision analogique pour la 4G.
  • Améliorer le débit sur les fréquences disponibles :  c’est là que l’on va retrouver des techniques comme le H+, et le Dual Carrier.
  • Déployer des femtocells  (micro-antenne  locale à un bâtiment ou une habitation, pour soulager les antennes-relais  et améliorer la réception) :  certains  opérateurs  commencent à la proposer au grand public comme SFR et Bouygues Telecom.
  • Utiliser le réseau Wifi : protocole comme l’EAP-SIM permet automatiquement de se connecter à un hotspot et d’y faire passer le trafic internet au lieu soulageant d’autant le réseau radio de la 3G. Free et SFR propose l’EAP-SIM.
  • Inciter certaines utilisations pour mieux réguler :par exemple sur les appels téléphoniques il y a eu des incitations tarifaires avec des offres comme « appels illimités de 20h à 24h ». Ce type d’offre sera une piste probablement pour les opérateurs afin de limiter le trafic aux heures les plus chargées, dans les prochaines années.
  • Mettre en place de la Qualité de Service (QOS) : l’opérateur donne une priorité plus grande à certains trafics au détriment d’autres considérés comme moins importants.

Le HSPA+ : Améliorer le débit sur les fréquences disponibles

Chaque opérateur dispose de bandes de fréquences sur lesquelles il est autorisé à émettre des ondes radios. Les appels, les SMS, la data internet sont  véhiculés par ces ondes radios entre le téléphone, et l’antenne-relais. L’amélioration du “codage” et de la “modulation” des ondes radios permet  de transporter toujours plus d’informations, pour plus d’utilisateurs. Parmi les principales techniques on peut noter  le découpage des données en paquets optimisés, la mise en place de modulation du signal radio plus efficace, ou encore la diminution du temps d’enchaînement des paquets.

Le transport de data Internet sur les mobiles a commencé avec le réseau GSM (appelé 2G) dont l’utilisation décroit compte-tenu de son remplacement par le réseau 3G. Les deux techniques principales disponibles en France pour le transport de data sur le GSM sont :

  • GPRS :  (General Packet Radio Services)
  • EDGE (Enhanced Data rates for GSM Evolution) jusqu’à  384  kbps

Le système UMTS (3ème génération ou 3G), a été conçu pour améliorer le transport de data qui était assez peu efficace sur un réseau 2G. Ainsi sous l’égide du 3GPP (3rd Generation Partnership Project) le système UMTS a évolué plusieurs fois (on parle de Release) pour améliorer les débits de data. Toutes ses évolutions se sont déployées sans remettre en cause les investissements déjà faits par les opérateurs.

On distingue 3 principales normes définissant le transfert de data entre l’antenne-relais et le téléphone dans le réseau de troisième génération : W-CDMA, HSPA, HSPA+

W-CDMA : Connu sous le nom de Release 99, c’est la première version du système UMTS déployé par les opérateurs à partir de 2001 environ. Son débit (tous les débits indiqués sont des débits maximum théoriques) pour un transfert descendant (téléchargement) est de 1,920 Mb/s.

HSPA : évolution du W-CDMA, ayant pour objectif d’augmenter le débit de données, et de diminuer la latence en réorganisant la manière d’effectuer les transferts dans des canaux spécialisés. Cette évolution a comporté 2 étapes  :

  • HSPA Relase 5 (aussi appelé HSDPA): augmentation du débit descendant jusqu’à 14,4 Mbps
  • HSPA Release 6 (aussi appelé HSUPA) : augmentation du débit montant jusqu’à 5,7 Mbps

HSPA+ :  évolution de la norme HSPA, avec pour objectif d’améliorer encore une fois le débit de données. Cette évolution comprend plusieurs étapes :

  • HSPA+ Release 7  : deux principales nouveautés :
    • introduction d’une nouvelle modulation (64QAM) pour doubler le débit dans un environnement peu parasité. Avec cette modulation le débit descendant peut atteindre théoriquement 21 Mbps.
    • Introduction de l’utilisation d’antennes MIMO (2×2 antennes) conjointement à la modulation de la release 5 (16QAM) permettant d’obtenir un débit de 28 Mbps. Dans la pratique MIMO n’a pas été déployé.
  • HSPA+ Release 8: doublement du débit en utilisant un doublement de ressources de communication radio suivant l’une des techniques :
    • Antennes MIMO  : utilisation de 2×2 antennes, pour un débit descendant de 42 Mbps,
    • Dual Carrier (aussi appelé DC-HSPA+) : utilisation de deux bandes de fréquence adjacentes  de 5 Mhz pour un  débit descendant de 42 Mbps.
  • HSPA+  Release 9 et ultérieures : les  principales avancées  à partir de la release 9 concernent l’utilisation simultanée d’antennes MIMO et de plusieurs bandes de fréquences, ainsi que l’utilisation simultanée de bandes de fréquences non adjacentes (par exemple du 900 Mhz et du 2100Mhz). Les débits théorique attendus sont de 84 Mbps pour la release 9, 168 Mbps pour la release 10, et même 338 Mbps pour la release 11. Ces versions ne sont pas encore commercialisées, mais sont définies ou en cours de définition par le 3GPP. Certaines des techniques seront probablement mise en place les prochaines années en fonction de l’implémentation par les équipementiers dans leurs logiciels de gestion des antennes-relais.

 

Décryptage des offres HSPA+ dans les offres des opérateurs

A la place des technologies et des “releases” du 3GPP utilisées en interne par les techniciens, les opérateurs utilisent des noms commerciaux pour mettre en avant leurs offres. Ainsi :
  • le W-CDMA est couramment appelé 3G (débit max 2 Mbps)
  • le HSPA porte le nom de 3G+ (débit max 14 Mbps)
  • le HSPA+  est appelé H+ ou encore 3G++ (débit à partir de 28 Mbps)
SFR utilise aussi le terme “Dual Carrier” qui est le nom de la technologie du HSPA+ utilisant simultanément 2 bandes de fréquences adjacentes (DC-HSPA+).
En France tous les opérateurs qui proposent du débit 42 Mbps utilisent la technique du Dual Carrier (utilisation simultanée de 2 bandes de fréquences de 5 MHz adjacentes.) et non pas la technique des antennes Mimo.
Il est par contre difficile d’avoir des informations précises sur le déploiement effectif de cette technologie sur les antennes-relais. Les opérateurs laissent en effet planer le plus grand flou sur le sujet, en ne fournissent souvent qu’une liste approximative de villes, mais sans indiquer si toutes les antennes de ces villes sont en H+, ou uniquement quelques unes dans certains quartiers. En tous cas il est certain que pour l’instant cette technologie “H+  Dual Carrier” sera réservée aux villes les plus denses, là ou l’augmentations du trafic internet est  le plus important.
Opérateur Disponibilité du H+
ORANGE H+ disponible sur les forfaits Origami.
Orange précise “H+ : débit maximum théorique de connexion en réception jusqu’à 42 Mbit/s, avec équipement compatible, uniquement dans les zones ayant fait l’objet d’un déploiement technique à date, en particulier les plus grandes agglomérations : Paris, Marseille-Aix-en-Provence, Lyon, Lille, Nice, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Toulon, Douai-Lens, Grenoble, Strasbourg et Avignon”
SOSH H+ disponible sur le forfait illimité avec 3Go de data à 24,90€.
La documentation précise “surfez jusqu’à 3 fois plus vite avec le H+ (jusqu’à 42Mb/s). Le tremplin vers la 4G. (14)”
SFR Dual Carrier (H+) disponible dans les offres CARRE
La documentation commerciale indique : “Le réseau Dual Carrier est disponible dans les principales villes de France dont Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Strasbourg, Bordeaux, Lille…* 60 % de la population couverte d’ici fin 2012”
SFR RED H+  disponible sur l’offre Red 3Go sous l’appelation “Débit jusqu’à 42Mbit/s”
BOUYGUES TELECOM H+ disponible sous l’appellation  « 3G+ : jusqu’à 3,6 Mbit/s et jusqu’à 42 Mbit/s »
50% de la population couverte
B&YOU H+ disponible
Utilisation du vocable “Internet H+ jusqu’à 42 Mb/s”
FREE H+ pas disponible.
La grille tarifaire de Free indique  “Débit maximum théorique en réception jusqu’à 14 Mb/s.”
Techniquement Free peut atteindre un débit de 28 Mbps même si commercialement il n’est indiqué pour l’instant que 14 Mbps. Cependant ne disposant pas de 2 bandes de fréquences adjacentes de 5 Mhz, Free ne pourra pas proposer du Dual Carrier à 42 Mbps. Il faudrait  attendre l’éventuelle mise en place du MIMO, ou de la release 9 (dual Carrier sur 2 bandes non adjacentes) pour pouvoir obtenir ce débit de 42 Mbps. Mais d’ici là, Free aura peut-être monté en puissance sur son réseau 4G.
MVNO H+ disponible chez Joe Mobile
Remarque : Sur le terrain, l’utilisateur n’atteindra jamais la vitesse de 42 Mbps en H+ qui reste une vitesse théorique et qui dépend de beaucoup d’autres conditions : nombre d’utilisateurs, perturbations, distance, type de téléphone, etc. Atteindre 24 Mbps en H+ pourra être considéré comme un très bon résultat.

Conclusion

Le déploiement de la H+ en Dual Carrier est récente, elle permet aux opérateurs de proposer des débit “H+” jusqu’à 42 Mbps.

Réservée initialement aux forfaits haut de gamme, Orange et Bouygues Telecom ont introduit aussi la H+ dans leurs forfaits  SOSH et  B&YOU.  Ils cherchent probablement  à se différencier de Free qui ne pourra pas à court terme les concurrencer sur ce créneau puisqu’il ne dispose pas des fréquences nécessaires pour mettre en place le Dual Carrier.

SFR n’a pas encore jugé bon de décliner la H+ sur ses forfaits RED, préférant la mettre en avant pour ses offres Carré. Mais il est fort probable qu’à terme SFR propose aussi le H+ pour l’offre RED, afin d’éviter de rester par rapport à ses concurrents Low Cost.
Les grands perdants de cette bataille “à coup de H” risquent d’être les MVNO qui ne disposant pas de réseau en propre doivent s’appuyer sur l’un des opérateurs. Or ceux-ci ne semblent pas leur fournir à ce jour des conditions intéressantes afin qu’ils puissent construire des offres compétitives pour la data en haut débit.
Cependant le déploiement du H+ n’a pas qu’un objectif commercial permettant de conquérir des clients en leur promettant des débits importants. Le déploiement de la technologie H+ sur les antennes existantes permet pour l’opérateur de doubler la capacité de ses antennes avec un investissement assez faible. A l’aube de l’explosion du volume de data transitant sur les réseaux mobiles, le H+ apparaît donc comme une bulle d’oxygène pour attendre les déploiements des réseaux 4G.
Au final pour bénéficier du H+/Dual Carrier, il faut bien sûr être connecté à une antenne relais qui a été mise à jour avec cette technologie, mais il faut aussi un téléphone qui supporte ce mode de fonctionnement. Cela devrait être le cas de la plupart des nouveaux smartphones haut et moyen de gamme. Faute d’un téléphone adapté la communication ne pourra s’établir qu’en mode 3G+ ou même 3G.
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Vous pouvez retrouver les forfaits proposant de la H+ sur notre comparateur de forfaits mobiles
Pour ne sélectionner que les forfaits H+ n’oubliez pas de sélectionner l’option adéquate en affichant tous les paramètres :

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5 commentaires

  1. Antwan dit :

    Imprécision pour le HSPA rel 7 : Il n’est pas possible d’atteindre plus de 21Mbps sans MIMO.

    Imprécision pour le HSPA rel8 : seul le dual cell est ajouté, le MIMO provient de la rel7, les débits sont donc au max de 42.2 x 2 = 84.4Mbps en combinant les deux évolutions.

    • JM dit :

      Merci pour votre commentaire.

      Effectivement le technologie MIMO a été introduite en release 7.

      Cependant en release 7 il n’était pas possible d’utiliser conjointement le codage 64QAM et MIMO. La vitesse maximale possible en release 7 est de 28 Mbps (16QAM + MIMO). Dans la pratique les terminaux MIMO n’étant pas disponibles c’est la configuration uniquement avec 64QAM qui a été utilisée en release 7 avec une vitesse maximale de 21 Mbps.

      En release 8, il est possible d’utiliser simultanément le codage 64QAM ainsi que
      MIMO, ou Dual Carrier. Ces 2 techniques permettent d’obtenir 42 Mbps. En l’absence de terminaux MIMO, c’est pour l’instant uniquement la technologie Dual Carrier qui a été retenue par les opérateurs français.

      L’utilisation simultanée de MIMO et Dual-Carrier n’est prévu qu’à partir de le release 9

  2. Justmwa dit :

    Il faudrait aussi parler des débits réels qui sont le plus souvent bridés par QoS. Exemple, l’upload chez Bouygues plafonne à un peu plus d’1Mbps quel que soit le niveau du signal. C’est probablement aussi le cas chez Sosh car l’accroche antenne est H+ même avec les forfaits 1&2Go mais le débit ne dépasse pas 10Mbps. Transparence, quand tu nous tiens!

    • JM dit :

      Les débits annoncés sont effectivement théoriques, en pratique le débit pour un utilisateur est généralement nettement plus bas :
      1) Il est rare d’être le seul actif sur une antenne, donc la bande passante de l’antenne est répartie entre tous les utilisateurs actifs.
      2) les débits maximum ne peuvent être obtenus que dans une situation de reception optimale, sinon une partie des données transmises nécessite d’être corrigée, et la modulation d’être adaptée entrainant un débit plus faible.
      3) Le H+ affiché sur un téléphone n’indique pas forcément du 42 Mbps en H+ on peut être aussi en 21 Mbps
      4) Le téléphone doit être capable de tenir ces vitesses sur une durée suffisamment longue.
      5) D’autres paramètres jouent aussi comme vitesse de collecte, routage dans le réseau,….

      Mais il est certain que les opérateurs mettent en place des QoS, pour permettre de mieux réguler les échanges qui sont en forte augmentation avec l’explosion des forfaits low cost proposant plusieurs Go de data.

      Certains opérateurs pensent d’ailleurs que leur modèle de facturation va évoluer, non plus sur des quotas de data, mais sur de la data illimité associé à un niveau de service lié au prix du forfait.

  3. Antwan dit :

    My penny, j’ai mis à jour le wikipedia erroné, merci pour ces précisions 😉

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