A l’heure où SFR médiatise un courrier qu’il a écrit à l’ARCEP, indiquant que suivant ses propres mesures, la couverture de Free ne serait pas à la hauteur de ses engagements, il apparait de plus en plus que cet argument a pour objectif de décrédibiliser Free. C’est l’occasion de faire le point sur la couverture du réseau Free.

Méthode de mesure de la couverture d’un réseau mobile

couverture du réseau FreeSelon la méthodologie définie par l’ARCEP, en cohérence avec les pratiques internationales, dans les autorisations individuelles d’utilisation de fréquences de chaque opérateur, une portion de territoire est considérée couverte par un service mobile s’il est possible d’y passer, avec un taux de réussite d’au moins 95%, un appel téléphonique et de le maintenir une minute, à l’extérieur des bâtiments, avec un terminal classique, et en position statique. C’est sur cette base que sont fixés les objectifs de couverture des opérateurs.
Le niveau de précision des cartes de couverture est défini par leur résolution, c’est-à-dire la taille du point élémentaire sur lequel est indiqué si le service mobile est disponible ou non. Cette résolution est en pratique comprise entre quelques dizaines de mètres et une centaine de mètres en fonction de la zone considérée. Cette résolution, très inférieure donc à la maille de la commune, permet ainsi d’identifier, à l’intérieur des communes, les points de territoire couverts et ceux qui, le cas échéant, ne le sont pas.
Cette même méthode a été utilisée par les opérateurs Orange, SFR, Bouygues pour leur couverture 2G et 3G, et c’est cette même méthode qui est utilisée pour Free.
C’est d’ailleurs en utilisant cette méthode de mesure de couverture que Orange et SFR avaient été déclarés largement en retard en 2009 par rapport à leur engagement de déploiement 3G.

 

Pourquoi peut-il exister une différence de perception entre la couverture annoncée et l’expérience utilisateur ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer qu’en un point déclaré comme couvert sur la carte de couverture d’un opérateur, un utilisateur ne puisse accéder aux services de celui-ci.

1) Les conditions d’utilisation ne sont pas similaires à celles du référentiel technique utilisé

Une carte de couverture reflète la disponibilité géographique du service mobile. Cette carte est construite en se fondant strictement sur le référentiel technique de mesure rappelé ci-dessus définissant la notion de couverture. Elle ne reflète donc pas la couverture dans toutes les configurations selon lesquelles l’utilisateur peut appréhender la disponibilité du service dans la vie courante, ni la qualité du service perçue par l’utilisateur. La limite effective de la couverture mobile n’est pas la même selon le niveau de service et le contexte dans lequel sa disponibilité est évaluée. Ainsi, elle n’est pas identique selon le service que l’on considère (téléphonie, internet haut débit mobile…), la qualité de service attendue (qualité vocale, fluidité de navigation, temps de téléchargement, débit, …) ou la situation selon laquelle la disponibilité est évaluée (à l’extérieur, à l’intérieur d’un bâtiment, à l’intérieur d’un véhicule/ en situation statique, en mouvement à plus ou moins grande vitesse…).
Par exemple, une carte représentant la couverture à l’extérieur des bâtiments ne reflète pas le niveau de couverture quand on se situe profondément à l’intérieur des bâtiments.

2) Impact des éléments extérieurs sur la propagation des ondes radio
Même en un point déclaré couvert, la probabilité de ne pas pouvoir passer une communication n’est jamais nulle. Les ondes radio fluctuent sans cesse, en raison par exemple du passage d’un camion sur une route, de l’apparition de la pluie ou encore de la modification du feuillage des arbres au fil des saisons. Ainsi, même en un lieu habituellement bien couvert, il est possible qu’une tentative d’appel téléphonique échoue, pour de nombreuses raisons.

3) Une zone non couverte peut ne pas apparaitre sur une carte de couverture, car sa taille est inférieure à la résolution de la carte
Les cartes publiées indiquent de façon très précise les points du territoire où le service mobile est disponible, avec une résolution comprise en pratique entre quelques dizaines de mètres et une centaine de mètres en fonction de la zone considérée. Ainsi, des ” trous de couverture ” dont la taille est inférieure à la résolution des cartes peuvent exister dans des zones déclarées couvertes sur ces cartes.

4) La respiration des cellules
La cellule est la zone couverte par une antenne. Les systèmes de troisième génération sont caractérisés par le phénomène de respiration de cellules qui met en œuvre une interdépendance entre la capacité et la couverture de la cellule : plus le nombre d’utilisateurs est important, plus le rayon de la cellule diminue, et donc plus la couverture diminue.

exemple illustratif : le rayon de la cellule diminue de 1200m à 750m quand sa charge augmente de 5 utilisateurs à 45 utilisateurs

5) Opérations techniques sur les antennes entraînant leur arrêt
L’exploitation d’un réseau nécessite de temps en temps de faire des opérations techniques sur les antennes : remplacement d’équipements défaillants, réglages de l’orientation et de l’azimutage, changement des logiciels de contrôle. Pendant ces interventions techniques les antennes sont généralement indisponibles. Ces interventions sont d’autant plus fréquentes que le réseau est en construction, car l’implantation d’une nouvelle antenne dans une zone déjà partiellement couverte, peut entraîner un nouveau réglage des antennes déjà en place afin d’en optimiser la couverture.

 

Le réseau Free couvre-t-il 27% de la population ?

Couverture Réseau FreeL’ARCEP a fait correctement son travail et le réseau FREE couvre effectivement 27% de la population suivant la méthodologie appliquée par l’ARCEP et validée en décembre dernier.
Suite aux diverses rumeurs l’ARCEP a indiqué qu’elle allait prendre les dispositions pour vérifier de nouveau cette couverture. Suite aux nouvelles mesures effectuées en février 2012, l’ARCEP a confirmé que le réseau Free couvrait 28% de la population.

Comme nous l’avons vu dans le paragraphe ci-dessous, les cartes de couverture ARCEP n’indiquent pas pour autant qu’un appel puisse être passé. Il y a de multiples raisons pour que l’antenne Free ne puisse pas être détectée et que ce soit celle d’Orange qui soit utilisée.

En complément tous les utilisateurs utilisant du 2G ne peuvent pas passer par une antenne Free, puisqu’elles sont uniquement 3G. Beaucoup d’utilisateurs du forfait à 2 euros, utilisent un téléphone d’entrée de gamme qui est uniquement 2G, et ne se connectent donc qu’aux antennes Orange. De plus certains possesseurs de téléphone 3G ont configuré leur téléphone en 2G car ils n’utilisaient pas l’accès Internet et que configuré en 2G uniquement le téléphone a une autonomie plus grande. Tous ces utilisateurs ne passeront donc pas par le réseau Free, mais uniquement par le réseau Orange.
De plus, certains utilisateurs ont un ordre de préférence des réseaux dans les paramètres de leur téléphone qui fait qu’ils se connecteront d’abord à un réseau Orange, même si un réseau Free est présent.

Suivant la zone ou l’on se trouve, le niveau de signal reçu d’une antenne Free, même si elle est présente, peut être plus faible que celui d’une antenne Orange, pour des raisons de distance d’orientation ou d’obstacle, ou de bande de fréquence. Dans ce cas le téléphone aura tendance à privilégier l’antenne Orange, puisque son signal est plus fort.

Au final le déploiement des antennes Free s’est fait principalement sur des villes moyennes, la ville de Paris par exemple est indiqué par Free comme extrêmement mal couverte. Les habitants de grandes villes sont souvent amenés à faire plus d’utilisation de téléphonie/SMS/datas. En effet quand on passe plusieurs heures par jour dans les transports, le téléphone mobile est souvent sollicité.  A population égale les habitants de grandes villes sont donc plus consommateurs de ressources radio. Comme les grandes villes de France sont assez mal couvertes, les utilisateurs de ces grandes villes utiliseront en général  les antennes Orange alors que ce sont eux qui consomment le plus.

Dans ces conditions, même si la couverture ARCEP suivant sa méthodologie est de 27%, il est fort probable que le trafic des abonnés Free passant par les antennes Free soit actuellement inférieur à 27% du trafic total des abonnés Free.

Mais au final, peu importe pour l’utilisateur du moment qu’il puisse téléphoner. Et on sait bien que Free payant l’utilisation des antennes Orange sur une part variable liée au trafic sur celles-ci, aura tout intérêt à augmenter rapidement sa couverture. C’est d’ailleurs ce qu’a indiqué Xavier Niel lors de son audition à l’Assemblée Nationale.

Où se trouvent les antennes Free ?

Les fréquences radioélectriques appartiennent au domaine public de l’État. Celui-ci a confié à l’Agence nationale des Fréquences (ANFR) des missions de planification, de gestion de l’implantation des émetteurs, de contrôle et enfin de délivrance de certaines autorisations et certificats radio.
Toutes les antennes déployées par Free doivent donc faire l’objet d’une déclaration auprès de l’ANFR. On retrouve toutes les antennes déclarées par les divers opérateurs pour faire de la radiotéléphonie, de la radiodiffusion et d’autres usages sur un site de l’ANFR dédié : www.cartoradio.fr

L’utilisation de ce site n’est pas toujours très ergonomique pour avoir une vue d’ensemble, c’est pourquoi nous avons préparé un document qui reprend l’ensemble des antennes Free ayant fait l’objet d’une inscription à l’ANFR.

Ainsi au 20/02/2012 on recense 1643 antennes Free 3G.Toutes ces antennes ne sont peut-être pas actives, mais elles le seront probablement toutes sous peu.

En complément Free continue son déploiement et le nombre d’antennes va continuer à augmenter.

Afin de savoir si une antenne est près de chez vous, vous pouvez consultez le document ci-joint (antennes Free au 20/02/2012) .

Où le réseau Free est-il actif ?

Le réseau Free est allumé, et comme l’avait indiqué Xavier Niel les déploiements d’antennes ont été faits dans un certain nombre de villes de province, la ville de Paris ayant été assez mal couverte.
Comme l’a indiqué Orange en 2009, pour expliquer son retard sur le déploiement de la 3G vis à vzs de ses engagements envers l’AREP : « Il faut entre 18 mois et 24 mois pour déployer une antenne ».
Dans ces conditions, Free ayant obtenu sa licence 3G que le 13 janvier 2010, on comprend que son réseau ne soit pas encore complètement déployé. Même ceux de ses concurrents qui le déploient depuis plus de 10 ans ne couvrent pas encore 100% de la population.
Ci-dessous la carte de couverture du réseau Free obtenue par les remontées des utilisateurs utilisant un service indépendant des opérateurs Sensorly. Probablement incomplète, cette carte n’en reste pas moins une carte réelle montrant la présence d’antennes Free actives. On voit les principales villes de province couvertes ainsi que la mauvaise couverture de Paris.

Couverture réseau FREE sur la France  (données issues de Sensorly)

Il n’y a pas de données sur le réseau Free pour la Corse et uniquement quelques données pour Bastia en tenant en compte l’itinérance Orange :probablement lié à un faible nombre d’utilisateurs du logiciel Sensorly.

Couverture réseau FREE sur PARIS (données issues de Sensorly)

Conclusion

Le marché des télécommunications en mobilité est sans conteste un marché extrêmement porteur pour ce début de 21ème siècle. Les fabricants de terminaux mobiles (Apple, Samsung,…) s’y affrontent non seulement sur le terrain technologique, mais aussi par voix de justice. Les opérateurs mobiles français voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un concurrent, et sont bien entendu prêts et tentés par les recours pour le pénaliser.

SFR tente actuellement de créer la zizanie avec cette notion de couverture mélangeant la méthodologie de mesure, le trafic réel, les zones de mesure. Que SFR émette des doutes sur ce sujet, c’est son droit, mais que son courrier soit immédiatement médiatisé en le transmettant aux journaux montre qu’il s’agirait plutôt d’une manœuvre.
Le but est probablement de faire douter de potentiels clients de Free sur la pérennité de sa solution, et d’avoir des arguments pour inciter ses propres clients à rester chez eux en utilisant l’argument : « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Il est vrai que l’argumentaire de SFR sur son réseau de boutiques n’a pas vraiment séduit les utilisateurs.
Cependant les utilisateurs venant de prendre conscience que les opérateurs historiques les avaient menés en barque depuis quelques années sont de plus en plus méfiants vis-à-vis de leur nouveaux argumentaires.

 

Plus d’informations :

Comparateur de forfaits mobiles

méthodologie de l’ARCEP pour la mesure de la couverture

Communiqué de Presse du Groupe Iliad du 08 mars 2012

Le point sur le réseau Free

La lettre de SFR à l’ARCEP (Les Echos)

 

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4 commentaires

  1. jacswr dit :

    Je ne suis pas franchement surpris par l’initiative de SFR dont les arguments s’essoufflent .. à titre tout à fait personnel et comme client à la fois de SFR et de Coriolis, je peux témoigner que le réseau SFR est loin d’être sans reproches, son SAV non plus et concernant les boutiques si les commerciaux sont dans l’ensemble aimables, ils sont rarement compétents sur le plan technique et déclarent d’ailleurs n’être que des commerciaux, ce qui a l’avantage de la franchise.
    Le seul avantage de ces boutiques vient du fait qu’il est possible de voir et parfois “d’essayer” les mobiles … Si une certaine inquiétude se fait jour parmi les commerciaux, ils continuent néanmoins à défendre avec une conviction louable les services qu’ils rendent. En fait, quand on insiste un peu, ils finissent par reconnaître que leur rôle est limité à la vente et à l’aide aux personnes qui ne savent pas ou ne veulent pas se servir d’internet.
    Je passe chez FREE sans aucune hésitation même si cela demande quelques délais !

  2. iso8859 dit :

    En tout cas un beau gâchis cette téléphonie mobile. Pourquoi ne pas avoir comme pour EDF, GDF, la SNCF, la TNT, le fixe, l’ADSL et le câble un seul opérateur qui déploie et maintient le réseau. Idem pour la fibre.

  3. Philippe dit :

    Très fournie comme enquête, chapeau.
    Sur le même thème, sur APPARTINFO, en plus des avis des habitants, on a intégré les données de l’ANFR pour permettre aux gens de savoir combien d’antennes radio sont proches de chez eux:
    http://blog.appartinfo.com/antennes-radio-trop-proches-maintenant-vous-s

  4. Sofia dit :

    Coup de gueule en images au sujet des antennes implantées par SFR et Orange dans certains quartiers : http://www.newsofmarseille.com/savon-du-jour-7/

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