En 2008, Mgr Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars, dans l’Ain, déclarait « les clochers sont faits pour porter des croix, pas des antennes.», il justifiait ainsi le non renouvellement des contrats avec les opérateurs pour les églises de son diocèse. Qu’en est-il en 2012  sur l’implantation des antennes sur les églises ?

Les antennes sur les églises en 2012

La France métropolitaine compte environ 39 500 sites d’implantations d’antennes relais, utilisés par un ou plusieurs opérateurs de téléphonie mobile. 838 de ces sites sont des monuments religieux, (en général des églises) ce qui représente environ 2% des sites d’implantations des antennes.

Ces églises équipées en antennes sont situées sur l’ensemble du territoire. En novembre 2012 on y dénombre 2018 antennes sur les 100 000 antennes-relais déclarées.

Vous pouvez retrouver ces données grâce à notre explorateur d’antennes 

Le clocher, un lieu idéal pour implanter une antenne relais

Aux termes des lois du 5 décembre 1905 et du 2 janvier 1907 (séparation de l’Eglise et de l’Etat), le curé d’une paroisse et son évêque sont responsables de l’affectation au culte de l’église, mais les églises paroissiales dont les communes font partie du domaine public. L’autorisation d’installation d’une antenne de téléphonie mobile dans le clocher de l’église ou au-dessus de la nef relève de la compétence du maire, chargé de la gestion de ce domaine public.

L’église  présente plusieurs avantages pour la mise en place d’antennes-relais :

  • Le clocher de l’église est naturellement un point haut qui domine l’ensemble des habitations, de plus elle est  généralement bien située dans la commune. Une implantation sur un clocher permet donc à un maximum d’utilisateurs d’avoir une bonne couverture téléphonique mobile.
  • L’église dispose d’électricité, d’espace et est souvent située près des infrastructures de communication. Les travaux sont donc minimaux pour l’opérateur afin d’installer ses antennes et se connecter à son infrastructure réseau.
  • L’église n’est pas un lieu habitée. Aucune population n’est donc soumise au lobe de rayonnement vers le bas, caractéristique des antennes-relais.
  • La mairie préfère que les antennes relais soient intégrées, voir invisibles dans la ville, plutôt qu’un grand pylône qui dénaturerait le paysage, et provoquerait le courroux des habitants.
  • La mairie peut toucher un loyer par chacun des opérateurs, loyer qu’elle consacrera éventuellement à l’entretien de l’église.

Cependant moins de 2% des églises ont des antennes

Comme on le voit, les églises sont donc des lieux idéaux pour implanter des antennes relais, pourtant sur environ 50 000 églises que compte la France, seulement un peu plus de 800 sont devenues des sites d’antennes (1,6%).
Les freins limitant l’implantation d’antennes relais sur les églises sont multiples :
  • Beaucoup d’écoles sont à proximité des églises. Les expériences scientifiques ont montré que le cerveau des enfants était plus perméable aux ondes électromagnétiques que le cerveau des adultes. Les mairies, sous la pression des associations de parents, sont  donc beaucoup plus réticentes sur ces implantations à proximité des écoles.
  • L’église reste un lieu consacré, un lieu de recueillement et pour beaucoup, il reste impensable d’implanter des antennes relais dans ces lieux.
  • Dans une réponse parue dans le JO du Sénat du 18/06/2009 concernant l’implantation d’antenne-relais dans les églises, le ministère de l’intérieur indique  : “…Cependant, dès lors que l’église est affectée au culte, cette décision nécessite l’accord du prêtre en charge de la paroisse qui dispose du pouvoir de police dans l’édifice…“. On peut donc penser aussi que dans bon nombre de cas, curés et évêques se réfèrent à leur “pouvoir de police” pour contrecarrer les éventuels projets d’implantation sur leurs églises.
  • Avec l’avènement de la 3G, puis de la 4G, les antennes relais s’éloignent progressivement de leur rôle premier permettant les échanges téléphoniques entre personnes, vers un rôle de réseau de communication général de données haut-débit. L’Eglise commence à voir d’un mauvais œil, le fait qu’elle devienne un maillon de cette chaîne de communication qui facilite l’accès à des informations qui n’entrent pas dans ses valeurs  : services commerciaux, jeux, violences, pornographie,…

Intégration paysagère des antennes-relais sur les clochers

Les opérateurs sous l’égide de leur association (l’Association Française des Opérateurs Mobiles) ont élaboré en 2004, une politique commune pour installer  les antennes-relais en harmonie avec leur environnement.

Bien entendu l’implantation des antennes dans les églises ont suivi ces règles d’implantations avec l’environnement, au point qu’il est souvent difficile de détecter ces fameuses antennes sur les églises. De multiples techniques ont été employées : dissimulation dans les bases de croix, fausses croix abritant des antennes, faux clochetons, peinture trompe-l’œil, remplacement d’ardoises par des ardoises synthétiques perméables aux ondes, ….

[haccordions title=”Quelques exemples d’intégration paysagère sur les églises” height=460 hwidth=28 speed=200 active=1]
[haccordion title=”sur la base de la croix”]Antenne intégré à la base de la croix[/haccordion]

[haccordion title=”dans le clocher”]

Antenne dans un clocher derrière des ardoises synthétiques[/haccordion]
[haccordion title=”peinture trompe-l’œil”]Antenne décorée en couleur brique pour se fondre sur les murs[/haccordion]
[haccordion title=”ton pierre”]antennes peintes en ton pierre pour se fondre sur la façade[/haccordion]
[haccordion title=”Derrière les abats-son”]Prévu initialement pour renvoyer le son des cloches, et protéger le clocher, les abat-sons servent maintenant de cache aux antennes-relais[/haccordion]
[/haccordions]

Conclusion

Avec l’arrivée du quatrième opérateur et la mise en place de la 4G, le besoin d’implantation de nouvelles antennes va être important. Les clochers sont des cibles idéales pour ces installations. Cependant dans cette croisade des clochers, de nombreux acteurs interviennent (mairie, Etat, opérateur, Eglise, population, Académie de Médecine, Justice….) et il est difficile aujourd’hui d’en déterminer l’issue même si les positions s’affirment :

  • Du côté de l’Eglise : la conférence des évêques de France de 2001 a  estimé que la vocation des églises n’est pas d’accueillir des antennes relais. Cependant ce sont les évêques et les curés qui gèrent leur propre cas, et l’opérateur accompagnant souvent ses travaux d’installation d’antennes de quelques travaux travaux de réfection ou de rénovation de l’église, cela a de quoi séduire quelques ecclésiastiques pas toujours au courant du rôle qu’on leur fait jouer. On peut cependant estimer qu’avec le recul, la position générale de l’Eglise se clarifiera pour éviter d’être instrumentalisée dans la stratégie commerciale des opérateurs, et des diffuseurs de contenus, et cela d’autant plus que les risques des ondes sur la santé font encore débat.
  • Du côté des mairies et de l’Etat : une décision du Conseil d’Etat de 2011 vient d’interdire aux communes de réglementer par arrêté l’implantation des antennes relais sur leurs territoires
  •  Du côté des populations :  les plaintes en justice sont difficiles à organiser, et longues. Dans bon nombre de cas, la stratégie de l’opérateur face à ces plaintes, est de faire déclarer au tribunal civil  son incompétence sur le sujet, et de forcer celles-ci à être transmises au tribunal administratif car la jurisprudence y est beaucoup plus favorable aux opérateurs.
  • Du côté des opérateurs : ils ont pris des engagements de couverture vis-à-vis de l’Etat, et peuvent être soumis à des pénalités en cas de retard de déploiement.

 

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5 commentaires

  1. Francois dit :

    Pas mal ces antennes : espérons que les débits ne s’effondrent pas quand les cloches sonnent ! Ca me rappelle également les centraux téléphoniques ADSL sous protection divine répertoriés sur le site Ariase.com.

  2. Dude dit :

    “L’église n’est pas un lieu habitée. Aucune population n’est donc soumise au lobe de rayonnement vers le bas, caractéristique des antennes-relais.”
    Dites m’en plus sur le lobe de rayonnement vers le bas par rapport au lobe principal et ceux qui sont en face, qu’on rigole un peu…

    • JM dit :

      Toutes les antennes relais rayonnent en partie vers le bas, même si ce n’est pas leur vocation, (lobe secondaire). Si la volonté des fabricants et opérateurs, est de réduire au maximum les lobes secondaires parasites d’une antenne, le lobe secondaire vertical vers le bas est loin d’être négligeable, notamment avec les antennes les plus anciennes. Ceux qui résident au dernier étage des bâtiments, ont donc l’antenne relais 2 mètres au-dessus de leur tête. Bon nombre de plaintes proviennent de ceux qui habitent directement sous une antenne-relais

      Mais il est clair aussi que le lobe principal (horizontal) couvre de son rayonnement l’ensemble des habitations. L’intensité du rayonnement électromagnétique décroit avec la distance…mais dépend aussi de la puissance de l’émetteur. Les habitations qui sont à à quelques mètres d’une antenne relais sur le plan horizontal reçoivent donc aussi un rayonnement qui effectivement dans certains cas peut s’avérer supérieur à ceux qui sont un mètre sous l’antenne. Sur ces sujets il y a un maque d’informations cruelles, seules quelques mesures existent chez l’ANFR. Il devrait être imposé aux opérateurs de fournir une carte précise et publique des rayonnements.

      Pour terminer, je ne pense pas que ces sujets soit des “sujets de rigolade” comme vous le suggérez.

  3. Clément dit :

    N’est-ce pas une aberration d’avoir un réseau d’antenne pour chaque opérateur ?
    C’est aussi absurde que de recréé un réseau de voie ferrée pour un concurrent de la SNCF (ou un réseau électrique pour un concurrent d’EDF) !
    Pourquoi les antennes ne sont-elle pas mutualisés ?
    Les antennes pourraient être gérées par une société indépendante des opérateurs (et pourquoi pas un service publique !?!).
    Le partage des antennes permettrait de réduire le nombre d’antennes tout en améliorant la couverture réseau !

  4. JM dit :

    L’avantage de posséder ses antennes est d’avoir une meilleure maîtrise des coûts et des services fournis. Les logiciels qui contrôlent l’interface radio évoluent fréquemment, fournissant des améliorations de fonctionnalités, et les opérateurs préfèrent garder la maîtrise de ce point.

    Mais il est vrai qu’on se plait a rêver d’une mutualisation de ces antennes-relais comme on mutualise effectivement d’autres infrastructures : RFF(réseau Ferré), ERDF, réseau routier et autoroutier, et réseau téléphonique en ligne cuivre.

    Cette mutualisation est bien prévue pour le déploiement fibre, car il aurait été vraiment aberrant que chaque opérateur viennent mettre une fibre optique dans les rues. Pour les antennes relais cette mutualisation existe dans les zones dites blanches (zone à faible population – cf notre article comment téléphoner en zone blanche). D’autre part le régulateur (ARCEP) a incité les opérateurs a mutualisé :
    – les infrastructures (pylones, locaux techniques)
    – les interfaces radios
    pour le premier point c’est maintenant assez courant, il y a environ 40 000 pylones en France, alors que le nombre totales d’antennes s’élève à environ 100 000. Pour le deuxième point c’est plus délicat, et pour l’instant les opérateurs ne sont pas très favorable.

    Comme je le disais en tête de message, le fait de dépendre fortement d’un tiers extérieur, et d’avoir peu de latitude sur la maîtrise du prix. Par exemple tous les opérateurs utilisent la ligne cuivre téléphonique pour faire de l’ADSL. Cette ligne cuivre est mutualisée, et ils doivent donc payer un droit d’usage au propriétaire qui est France Telecom. Aujourd’hui le coût de location de cette ligne cuivre est de 8,80€ HT + coût d’hébergement des équipements de dégroupage. Ainsi sur le forfait ADSL que vous payez chaque mois à votre opérateur (Free, SFR, Boygues,…) environ 12,50€ TTC reparte directement chez France Telecom.

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